Francis Bebey par ses amis
Stélio Farandjis :
secrétaire général du Haut Conseil
de la Francophonie
Henri Lopes
: écrivain congolais
Isabelle Dhordain
: journaliste à France Inter (Paris, France)
Fernando Lambert
: vice-doyen de l'Université Laval (Québec, Canada)
Lokua
Kanza : musicien
Erik
Orsenna : écrivain français
Si
vous avez connu ou rencontré Francis Bebey,
n'hésitez
pas à nous envoyer vos témoignages !

Stélio Farandjis, secrétaire général du Haut Conseil
de la Francophonie
La vivacité, la drôlerie, la chaleur, le talent, l'émotion,
c'est lui notre ami, notre frère Francis Bebey, le grand lutin des
forêts de la musique.
Il passe les frontières avec les ailes de l'amour et de l'humour, et
embrasse avec le même enthousiasme les trésors des pygmées
et ceux de Jean-Sébastien Bach. Partout il crée une complicité
avec les publics les plus divers, et sait faire aimer l'écriture comme
la parlure.
Notre francopolyphonie illuminée par les langues africaines (et en
particulier par son cher douala), il sait la présenter avec simplicité
et sérénité à nos amis allemands, cubains, ou
américains...
Malicieux ou lyrique, heureux ou mélancolique, il est toujours proche
et toujours créatif. Sa voix, sa flûte, sa guitare, sa sanza
et surtout son coeur et sa foi ont enchanté les grands de ce monde
comme les plus humbles parmi les humbles.
Francis, on t'aime.

Henri Lopes, écrivain congolais
Je l'appelle " mon grand griot ". Il sait pourquoi.
Mais Francis c'est avant tout un grand sourire ; ni commercial ni de façade.
C'est la lumière d'une âme généreuse.
Dans ce milieu d'artistes et d'écrivains, où règnent
tension et méfiance, quelquefois aussi un peu de jalousie, Francis,
lui, apporte chaleur, détente et amitié : il nous convie à
la gentillesse de l'enfance.
Mais au-delà de l'homme, il y a le musicien, l'artiste qui m'a fait
"rumber" au rythme de Kinshasa, qui me fait battre des mains pour
entonner "la capella".
L'un des premiers, dans le continent, à ajouter le professionnalisme
à l'inspiration.
Continue, mon cher grand griot, à nous swinguer l'Afrique et ses tam-tams.
Ouais, nous sommes tous avec toi, mon frère.
Texte d'Isabelle Dhordain, journaliste à France Inter (Paris, France)
J'ai rencontré beaucoup de chanteurs et de musiciens africains,
mais lorsque j'ai rencontré Francis Bebey, j'ai rencontré l'Afrique.
Son âme et sa vérité.
Sa plus belle ruse de pygmée est celle qui a fini par me faire croire
que j'étais née là-bas ! Et aussi à m'expliquer
mon instinct et à quoi il servait.
Chaque fois que je le rencontre ou que je lui parle, il me rend mon véritable
rythme, débarrassé et lavé de tout ce qui lui fait mal.
Le même rythme que celui sur lequel Dieu a créé le monde
grâce à la Sanza, le piano à pouce.
Ce rythme sans cesse habillé, masqué, emprisonné, Francis
Bebey le libère et nous le rend, avec bienfaisance et sérénité.
Francis Bebey pour moi, c'est la rigueur, la liberté, le sérieux
sans se prendre au sérieux, l'humour mais on est obligé de comprendre
! L'effort de l'humain ! Pour être libre justement
Ecoutez-le ! Vous en serez jaloux !
Texte de Fernando Lambert, vice-doyen de l'Université Laval (Québec,
Canada)
En 1967, paraissait un roman, Le Fils d'Agatha Moudio, qui a valu à
son auteur, Francis Bebey, le Grand Prix Littéraire de l'Afrique Noire.
Comme entrée dans une carrière de créateur, c'était
vraiment partir du bon pied. Son travail d'écriture va se poursuivre
à un rythme régulier : romans, nouvelles, contes, poèmes
et le dernier mot n'a pas encore été écrit. Mais pour
une personnalité aussi riche que la sienne, l'écriture ne pouvait
rendre complètement toutes ses ressources de création. Ses proches
savaient qu'il se consacrait aussi à une autre passion, la musique.
Cette autre dimension majeure de sa création est connue plus largement
lorsque s'amorce, au tout début des années, sa carrière
internationale qui le conduira à travers le monde.
Il fallait qu'il ait développé une grande confiance en son étoile
pour quitter son poste de Directeur du Service de la musique à l'UNESCO
afin de se consacrer totalement et uniquement à son travail de créateur
littéraire, d'auteur-interprère et de concertiste. On comprend
le choix de Francis Bebey lorsqu'on connaît que dès son entrée
dans le monde du travail, il s'est lancé dans la communication de masse,
en particulier la radio. Ce besoin de créer le contact avec les autres
et de leur faire partager sa vision de l'homme de sa société
n'a fait que se développer tout au long des années.
Francis Bebey est
le philosophe du quotidien et ce qui le rend encore plus attachant, c'est
qu'il est un philosophe qui s'ignore, c'est-à-dire un homme sans prétention
et qui a des idées simples et profondes à semer. Sa marque de
commerce est l'humour, forme de sagesse largement répandue en Afrique,
car ses racines africaines sont bien vivantes sans être en aucune façon
cependant des barrières qui isolent. Loin de là. Dans toute
sa création aussi bien littéraire que musicale, c'est toujours
l'Afrique qui est au premier plan. Ses romans montrent qu'il est un fin observateur
de sa société, des forces et des faiblesses de celle-ci. Sur
un fond de valeurs humaines et de sagesse profonde, se détachent des
travers ou des excès qui sont en fin de compte le fait de tout homme,
ce qui rend ce monde romanesque proche de tout lecteur. Sa création
artistique se nourrit et décrit les multiples instruments au servie
de la musique africaine. On sait aussi qu'il a recueilli dans sa mémoire
et dans son oreille musicale des pièces de l'Afrique profonde. Une
phrase musicale entendue au long de ses longues pérégrinations
devient le thème d'une grande pièce de concert ou sert de soutien
rythmique à un poème, à une chanson.
La démarche la plus concluante qu'il ait menée est cette initiation
à un art très particulier de la voix humaine qu'il est allé
recevoir chez les Pygmées. Lui, le Douala, un Prince du fleuve, s'est
rendu auprès des hommes de la forêt tropicale en un retour aux
sources premières de la musique : la voix humaine et la petite flûte
pygmée. Cette musique qui exprime un art originel a fait, grâce
à lui, le tour du monde.
Francis Bebey est un homme, un écrivain, un artiste, un créateur
qu'il n'est pas possible d'oublier lorsqu'on l'a rencontré et entendu,
ne serait-ce que'une seule fois. Ne pas chercher à mieux le connaître
et à découvrir ses uvres nombreuses et variées,
c'est se priver d'un plaisir rare.

Lokua Kanza, musicien
"J'ai une très grande histoire personnelle avec Francis Bebey.
Quand, plus jeune, je pensais à devenir peut-être musicien un
jour, il était l'une de mes références. Il traçait
pour moi, le chemin de la vraie Afrique moderne. C'est cette même sensation
que j'ai éprouvée en écoutant Dibiyé. L'album
est tout simplement très beau. Avec de magnifiques compositions, africaines
et modernes. Et il est servi en plus par toute la technologie sonore qu'il
faut. Je le trouve aussi très émouvant. Sa voix est émouvante,
elle m'a beaucoup touché. Quand il chante, j'ai l'impression qu'il
ne s'adresse qu'à moi."

Texte d'Erik Orsenna, écrivain français
"Le monde d'aujourd'hui n'aime que les morceaux d'êtres humains,
les "spécialistes", c'est-à-dire les rabotés,
les oublieux de la plus grande part d'eux-mêmes.
Francis Bebey, à l'inverse de ces prudences et de ces avarices de vivre,
est un homme complet : de musique et de mots, de malice et de colère,
de sourire et de gravité, de soleil et d'ombre, d'images et de silence,
de réserve et de fraternité, de Nord et de Sud. Un opéra
a lui tout seul.
Croiser une seule fois son chemin, c'est repartir de plus belle à l'assaut
de tous les songes, et les réaliser, tant son rayonnement est contagieux.
Merci Francis, je te dois le meilleur : des audaces obstinées, des
rêves indomptables."